Paula Cassagne, appt 315 : 10/10

Paula Cassagne, appt 315 : 10/10

Épisode 10/10

Paula s’endormit la télécommande à la main alors qu’elle regardait pour la quatrième fois un morceau d’Absolutely Fabulous, un sit-com hilarant et décapant qu’elle prenait beaucoup de plaisir à visionner à chacune des retransmissions que les chaînes répétaient à l’envi depuis plusieurs années. La création audiovisuelle stagnait-elle, inapte à se renouveler et obligeant à d’incessantes rediffusions de vieilles recettes à l’audimat évalué ?

Dans son sommeil, elle rêva de coups de masse dont le son évoquait celui que d’un gros poing tapant à une porte. Les mammouths à sabots ne tarderaient plus… Où l’emmèneraient-ils cette fois ? Quelle angoisse à travers quel paysage d’échappée ? Quelle course une fois de plus — une fois de trop — dans cet univers fantasque invasif ?

Paula se secoua. Elle voulut s’éviter les bêtes fauves, eut besoin de vérifier ce qui se passait dans sa tête aussi elle ouvrit un œil et vit l’heure au plafond. Toujours la même tranche horaire de réveil nocturne. Paula soupira deux fois et demi : il était trois heures trente.

Elle s’assit dans son lit. Elle repensa au menu de son dîner. Elle avait mangé un bortsch, au restaurant russe qu’une des amies de la soirée avait fait découvrir au reste du groupe. Qui dit bortsch dit queue de bœuf : ses cauchemars viraient à l’allergie et Paula se dit qu’il lui fallait penser à un sevrage drastique, sans quoi elle n’allait pas s’en sortir.

Malgré ses yeux ouverts, elle entendit encore les coups de massue. Elle tendit l’oreille et comprit que quelqu’un tapait à la porte de son appartement.

Elle éteignit la télévision qui diffusait en sourdine un documentaire animalier et se dit, en enfilant sa robe de chambre tandis qu’elle glissait les pieds dans ses pantoufles, que cet objet était d’une totale laideur. Elle s’arrêta et prit le temps de se demander s’il était judicieux pour son sommeil d’avoir un poste à ondes dans sa chambre et, pire encore, de s’endormir devant des images lumineuses et bruyantes dont elle ne gérait pas la diffusion.

Interpellée par cette énigme, elle enfonça l’interrupteur du couloir pour éclairer sa marche et se dirigea vers la porte, non sans demander, avant d’ouvrir : qui est là ?

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