Pas son genre

Pas son genre

Arras contre Paris, province contre capitale tellement plus affriolante et riche de distractions. À Arras, hormis un beffroi classé au patrimoine mondial de l’humanité, rien à signaler, c’est dire. Dans ces décors, le prof de philo et la coiffeuse en amour impossible. Les milieux branchés contre le karaoké et la vie faite de choses simples. La philosophie kantienne ébranlée par le bon sens. Le partage de textes comme cadeaux à grandir l’âme tout en donnant à se connaître un peu mieux.

Pas son genre et pourtant, une rencontre puis une relation amoureuse qui, tout au long du film, donne envie de la voir réussir. Oui enfin, que Jennifer et Clément parviennent à faire sauter les barrières sociales, les conventions bourgeoises, la différence culturelle pour s’aimer sans retenue ! Ils ont tout pour y parvenir pense-t-on.

Hélas, l’homme au cœur froid observe, hésite, cumule les non-dits et les actes ingrats. Partagé entre son réseau parisien et sa détestation de ce qui est province, il ne cède rien.

Elle ouvre des portes, tend des perches, s’engage, se projette. Sourire aux lèvres et bonne humeur en protection contre les mauvais coups du sort. Pas lui. Reclus dans son univers cérébral et les codes de son monde, il peine à se lâcher. Lui qui ne croit pas au couple craint de vivre tout à fait cette relation tout en pensant l’éprouver pleinement. Il est gauche. On lui donnerait des claques — peut-être d’en avoir croisé un comme ça déjà.

Deux acteurs principaux remarquables, seconds rôles sans reproche, pour un film qui vous embarque et vous laisse pantoise tant sa fin est inattendue et abrupte. Et puis, merci, car les scènes se passent ailleurs qu’à Paris — Arras, ville et cité HLM, bord de mer — un trop classique du cinéma français. Loin de l’esthétique hollywoodienne, Émilie Dequenne est une Jennifer plus que convaincante qui chante à tout rompre ; quant à Loïc Corbery, il est épatant en Clément, regard terriblement expressif, voix superbe.

Lucas Belvaux signe un beau film adapté d’un roman de Philippe Vilain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *