Nina

Nina

Il avance sur le trottoir. Elle le précède. « À droite Nina », lance-t-il en sa direction. « À droite ! »

Du haut de ses trente-huit centimètres au garrot, Nina semble atteinte de surdité. Tout ce qui passe à portée de sa vue est fascinant : multitude de chaussures, pieds à l’air, pieds couverts ; trottinettes et patins à roulettes ; roues de poussettes ; cannes d’aveugles. Elle envoie des coups de tête agités pour ne rien perdre du défilé. Passage devant la boucherie. Devant l’épicerie. Le fromager. Odeur de poulet rôti dans la rue. Un peu plus loin kebab. Cigarette devant le bistrot. Gaz d’échappement.

« À droite Nina ! À droite ! »

Toute à sa découverte vision-odeurs-mouvements en un ballet incessant, Nina poursuit sa percée droit devant. « À droite je te dis ! » Il porte sa main vers la droite, elle continue sur la même voie que précédemment. Il tend la laisse, s’agace, répète, insiste, mais rien n’y fait.

Nina a la gueule écrasée, le museau raccourci, une robe bicolore. Elle trottine, tortille de l’arrière-train, avance en tendant fièrement la laisse jusqu’à la main de celui qui la promène.

Furieux retournement de situation, Nina en tentative de freinage d’urgence. Elle quitte le trottoir, patine dans l’air, perd de vue l’agitation précédente et se retrouve en vol plané à travers la chaussée.

Il l’engueule : « T’es vraiment conne ou quoi, Ça fait des plombes que je te dis à droite et toi, t’entends rien ! T’as vu dans quel état ça me met tes conneries ? » L’animal tousse. « Tu fais moins la maligne maintenant, hein ? »

Nina s’est assise. Elle semble groggy. Elle porte le regard vers ce grand humain qui lui parle et se plaint. Elle n’y comprend rien. Il sent moins bon que le mouvement de la rue. Elle se redresse sur ses pattes et aboie. Veut jouer avec lui. Veut qu’il comprenne.

Il soupire. Tire à nouveau la chienne en la forçant par son collier. Elle freine en vain. Il l’approche d’un poteau. Enroule la laisse et la serre d’un nœud de marin.

Il regarde Nina : « T’es vraiment trop conne ! » Il s’en va.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *