Monique #5

Monique #5

Dernier épisode

(…) Monique décide de passer à l’appartement avant de se rendre à son rendez-vous galant. Peut-être l’accompagnera-t-il et qui sait ce qui arrivera lorsqu’elle prendra le temps d’une douche pour se défaire du sel, des embruns à la crème solaire… Avant de couvrir sa peau rapidement séchée du lait après soleil délicatement parfumé qu’elle avait acheté à Toulouse chez l’esthéticienne avant de partir, juste après l’épilation de circonstance qui lui avait valu d’essayer un format maillot tout nouveau, lèvres lisses et minuscule triangle de poils pubiens. C’était la première fois que Monique se laissait aller à ce genre de fantaisie. Après avoir chaleureusement remercié son esthéticienne pour la proposition, elle s’était personnellement félicitée de l’avoir acceptée.

À demi-endormie, Monique entend autour d’elle le mouvement de ceux qui se remuent et quittent la plage pour aller déjeuner. Crissements de sable, enfants qui contestent et veulent rester jusqu’au soir, échanges calmes de parents encore sereins, dispute de mouettes au lointain, agitation de l’eau et roulement de cailloux. Elle sourit à sa joie de partager le moment avec celui qui l’attire. Elle sent néanmoins ses sourcils se froncer à l’image de la serviette Ferrari — pas du meilleur goût selon elle — mais accepte déjà ce léger défaut de son futur partenaire.

Monique prend une longue respiration. Elle sent qu’il est temps de confier son consentement à son voisin de plage. Elle se redresse sur un coude, s’assoit, frotte délicatement son visage. Elle chausse ses lunettes de soleil et tourne son visage sur sa droite. Elle ne parvient pas à retrouver l’endroit où son charmant voisin avait installé sa serviette. Elle interroge sa mémoire visuelle et se demande si la pièce qu’elle l’a vu étaler était bien jaune. Monique sent son cœur qui accélère et cherche encore, ses yeux insistant sur chaque parcelle de sable occupée à la recherche du corps d’un homme tête large cheveux grisonnants poignées d’amour, installé sur une serviette jaune Ferrari — pas du plus discret, se rappelle-t-elle.

Une légère panique la traverse. Et si elle avait trop tardé ? Si, lassé ou, qui sait, affamé, l’homme avait préféré s’en aller sans elle ? Si, finalement, il s’était ravisé et avait profité de sa somnolence pour se carapater, peu fier de la proposition qu’il venait de faire ?

Monique n’en croit rien. La voix était suffisamment posée. Elle était celle d’un homme sûr de lui. Celle d’un homme déterminé et libre de ses choix consentis. Monique continue de ratisser la plage de son regard aigu. En vain. Elle frotte à nouveau son visage. Moins délicatement cette fois. Elle extirpe sa brosse à cheveux de son sac de plage et commence à démêler quelques mèches. Cherchant à détendre son cou, elle tourne la tête de l’autre côté et aperçoit la serviette jaune vif. Sous les fesses d’un homme minuscule et chétif. Pas du tout son genre. Il lui fait un signe, index et majeurs s’approchant de sa tête et filant en la direction de celle qu’il attend. Fermement installé sur sa serviette du plus mauvais goût.

Comment a-t-elle pu se laisser ainsi abuser ? Comment a-t-elle pu croire que l’homme tête large cheveux grisonnants poignées d’amour pouvait avoir mauvais goût ? Serviette Ferrari ! C’était bien elle ça, toujours à excuser l’autre de ses travers pour ne pas les relever et faire comme si elle pouvait faire avec…

Subitement en colère après elle, Monique se demande comment sortir du pétrin dans lequel elle se trouve subitement fourrée. Elle termine son démêlage et ses cheveux au carré encore mouillés et chargés de sel flottent curieusement au vent. Elle extirpe de son sac sa robe de plage en coton indien. Elle se lève et, provocante, l’enfile, fait glisser le tissu sur ses hanches rondes, le tend sur ses fesses. Elle ramasse ses affaires, replie son fauteuil, répartit son chargement entre ses deux bras et avance en direction de l’homme à la serviette jaune.

Elle affiche son plus beau sourire.

— Je suis indisponible pour le déjeuner. Merci de m’avoir invitée. En revanche, je n’ai personne au menu pour le dîner. Si cela vous tente, rendez-vous au Phare à vingt heures. À plus tard !

Monique quitte crânement la plage.

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