L’observateur

L’observateur

Lorsqu’elle franchit la porte du bar, Maupi leva les yeux. Il la trouva belle. Il y avait chez cette femme un je-ne-sais-quoi. Une sorte de grâce la portait. Il la regarda avancer dans la salle. À la façon qu’elle avait d’habiter son corps, elle était là, présente, intense, elle.

Maupi s’étonnait parfois de ce que la vie offrait à son regard, de ce que la vie lui donnait à voir. Il se demanda s’il l’aurait aperçue, une fois installée à sa table qu’elle choisit à proximité de la sienne, si les pages qu’il était en train de lire ne l’avaient porté à lever le nez de son livre. Pour réfléchir.

Les mots, qui touchaient par ses yeux son esprit, avaient demandé du souffle. Une pause à mûrir leur compréhension. Un moment de répit pour les apprivoiser davantage. Avant d’aller plus avant dans un propos édifiant. Il avait levé le nez vers la porte ouverte sur la rue : elle lui était apparue.

De son geste, à la façon qu’elle avait maintenant de regarder avec tendresse l’étiquette du sachet de thé qu’elle remuait distraitement dans le pot en inox que le garçon venait de déposer sur la table de bistrot au marbre clair, il la devina amoureuse. Franchement amoureuse. Il alla même à se dire qu’elle avait quitté depuis peu un homme. À l’idée que le ventre de cette femme recelait la semence d’un autre, il sentit son sexe se tendre sous le coton de son boxer short. Il la désira.

Maupi sourit. La femme était de profil. Elle avait le nez droit, les cheveux courts. Un collier d’ambre paraît délicatement son cou. Sa peau claire attira les mains de Maupi qui eut envie de la caresser.  Il imagina qu’elle avait une quarantaine d’années, un peu plus de quarante ans se dit-il.

Il passa sa langue entre ses lèvres et aussitôt la vision du grand méchant loup, le big bad woolf de Tex Avery, remplit son champ de vision imaginaire. Il sourit, amusé par les raccourcis que sa conscience illustrait.

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