Anima

Anima

Wajdi Mouawad écrit Anima entre 2002 et 2012. C’est le troisième roman du dramaturge libanais exilé au Québec, puis installé en France.

L’histoire se découpe en quatre parties : trois cents pages pour les deux premières, cent soixante pour les suivantes. Art de la mise en scène d’une tragédie humaine récurrente dans l’œuvre de l’auteur, enquête sur l’obscur, la violence d’êtres capables de mettre leur intelligence au service du pire.

Wahhch Debch, Libanais exilé au Québec, trouve sa femme assassinée en rentrant à leur domicile — la scène n’est pas sans rappeler la mort de Sharon Tate, assassinée par Charles Manson. En pleine confusion identitaire, le mari complètement désorienté se demande s’il peut être le meurtrier. Commence une descente aux enfers aiguë, brutale, radicale.

En accord avec le coroner en charge de l’affaire, Debch part à la recherche de l’assassin — il doit en finir avec le doute qui l’habite à ce sujet. Pendant les trois parties qui retracent cette quête à travers l’Amérique du Nord, Mouawad mêle le meurtre de la femme de Debch à la quête de celui-ci, sauvé in extremis de la mort en plein massacre de Sabra et Chatila, en 1982. Confronté à l’horreur de la scène qui l’attendait à son retour au domicile, Debch retrace le fil de sa propre histoire, issue d’un massacre dont il a survécu, de cette violence aveugle à laquelle il a assisté mais que sa mémoire refuse de restituer.

L’auteur adopte une narration singulière. Dans Anima, ce sont les animaux qui racontent l’histoire. Insectes, mammifères, reptiles se font les narrateurs de chapitres souvent très courts qui changent de point de vue de narration et désorientent parfois la lecture. Si ce choix singulier finit par faire sens à mesure que l’histoire de Debch se révèle, le procédé systématique lasse du fait, notamment, que tous les animaux usent du même ton.

Quatrième partie, le récit décolle. Plus on approche du dénouement, plus le rythme accélère, plus la fange se fait profonde. La barbarie humaine tord aux tripes, bouscule la sensibilité tout en obligeant à regarder dans les yeux un pan de l’histoire sanglante du vingtième siècle.

Au cours de sa traversée des États-Unis, Debch se verra révéler le drame de l’anéantissement de sa famille d’origine, la trahison de sa famille d’adoption. Et puisqu’il est essentiel pour lui de purger le passé, certains paieront d’avoir été des ordures sanguinaires.

Si Anima est un texte brutal, parfois agaçant dans sa mise en scène, l’histoire qu’il raconte trace la mémoire d’un peuple massacré et la façon dont la vie conduit à se délivrer du poids comme du corset du passé.

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