Action

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Conscient qu’il avait à changer quelque chose, qu’il lui fallait relancer sa vie, l’ensemble de sa vie, il s’était mis au défi. Avait cherché les offres lui correspondant. Avait révisé son parcours et l’avait résumé. Il avait rencontré des chasseurs de tête. Joué le jeu du recruté. Accepté les humiliations parfois. La condescendance. Les on vous recontactera qui sonnaient d’emblée faux. Il avait patienté ce qui lui avait demandé d’immenses efforts.

Enfin, il avait changé de travail, opté pour un poste avec davantage de responsabilités. Pensait qu’il ne développait pas tout son savoir-faire, qu’il réduisait ses compétences dans le précédent. Et que sans doute ça le freinait dans sa vie. Dans l’ensemble de sa vie.

Comme il l’attendait depuis des années, il avait été coopté dans un cercle d’initiés. De gens qui réfléchissent ensemble et formulent des propositions qu’ils disent constructives pour influencer le cours des choses. De la ville et de la société. Un système un peu martial avec lequel il n’était pas très à l’aise mais qu’il avait cependant accepté car les rencontres via le cercle allaient booster sa carrière, il n’en doutait pas.

Sa vie personnelle n’allait pas mieux pour autant. Conflits de foyer. Difficultés relationnelles avec les enfants grandissant. Usure de vivre la même chose quasiment jour après jour. Envie d’aventure, de sensations fortes, de l’inconscience de sa jeunesse. La fougue et le goût du risque qui lui manquaient tant. Sa femme pas même fière de son changement de poste, de sa cooptation. Sa femme à côté de la plaque. Dédiée à ses projets. À l’accompagnement des enfants quand lui n’avait évidemment pas le temps. S’éloignant de lui. Lui ne la retenant pas.

Et puis un soir, une proposition pas si inattendue. Après le cercle. Un rendez-vous dans une maison de maître. Le type de maison qu’il aimerait vivre au quotidien s’était-il dit. Là, des hommes qu’il ne connaissait pas qui ne lui furent pas présentés. Chacun se salua d’un discret mouvement de tête. Des femmes, de l’alcool, de la cocaïne et d’autres produits dont il n’avait pas entendu parler.

D’abord sur la retenue, il s’était tout permis. Une soirée inoubliable. Une soirée comme il en avait fantasmée souvent. Des filles rôdées qui ne minaudaient pas. Des filles qui prenaient les devants et en redemandaient. Il s’était empourpré de son manque d’expérience, en défaut d’imagination il avait imité certains. Avait vu plus de sexes d’hommes que jamais. S’était senti bien classé. Fier d’être de ceux qui s’adonnaient à ce type de soirées, oui, fier de ce secret-là.

Lorsque des photos arrivèrent par sa messagerie, il n’en crut pas ses yeux. Il se revit enfourché, léché, caressé et épié. Il chercha l’objectif, ne le trouva pas dans les recoins des lieux qu’il fouilla de sa mémoire. Son sexe se tendit sous ses pantalons. Il lut le message qui accompagnait les clichés, mit sa vie en suspens. Apnée soudaine. Manque d’air et de perspective, un mur se ferma autour de lui. Il relut le message, comprit la menace et l’exécution qu’il avait à mener. Trouva le ton un peu martial.

Il quitta le bureau sans dire où il allait. Descendit au parking et se mit au volant de sa voiture. Il rejoignit le périphérique. Téléphona à sa femme. Raconta l’erreur d’appréciation, la soirée. Évoqua son issue.

Il lança la voiture dans la rambarde de sécurité au kilomètre 183,5.

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